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31/12/2023

La petite marchande d'allumettes

 


Comme il faisait froid ! La neige tombait et la nuit n’était pas loin ; c’était le dernier soir de l’année, la veille du jour de l’an. Au milieu de ce froid et de cette obscurité, une pauvre petite fille passa dans la rue, la tête et les pieds nus.
Elle avait, il est vrai, des pantoufles en quittant la maison, mais elles ne lui avaient pas servi longtemps : c’étaient de grandes pantoufles que sa mère avait déjà usées, si grandes que la petite les perdit en se pressant de traverser la rue entre deux voitures. L’une fut réellement perdue ; quant à l’autre, un gamin l’emporta avec l’intention d’en faire un berceau pour son petit enfant, quand le ciel lui en donnerait un.
La petite fille cheminait avec ses petits pieds nus, qui étaient rouges et bleus de froid ; elle avait dans son vieux tablier une grande quantité d’allumettes, et elle portait à la main un paquet. C’était pour elle une mauvaise journée ; pas d’acheteurs, donc pas le moindre sou. Elle avait bien faim et bien froid, bien misérable mine.
Pauvre petite ! Les flocons de neige tombaient dans ses longs cheveux blonds, si gentiment bouclés autour de son cou ; mais songeait-elle seulement à ses cheveux bouclés ?
Les lumières brillaient aux fenêtres, le fumet des rôtis s’exhalait dans la rue ; c’était la veille du jour de l’an : voilà à quoi elle songeait.
Elle s’assit et s’affaissa sur elle-même dans un coin, entre deux maisons. Le froid la saisit de plus en plus, mais elle n’osait pas retourner chez elle : elle rapportait ses allumettes, et pas la plus petite pièce de monnaie. Son père la battrait ; et, du reste, chez elle, est-ce qu’il ne faisait pas froid aussi ? Ils logeaient sous le toit, et le vent soufflait au travers, quoique les plus grandes fentes eussent été bouchées avec de la paille et des chiffons.
Ses petites mains étaient presque mortes de froid. Hélas ! qu’une petite allumette leur ferait du bien ! Si elle osait en tirer une seule du paquet, la frotter sur le mur et réchauffer ses doigts ! Elle en tira une : ritch ! comme elle éclata ! comme elle brûla ! C’était une flamme chaude et claire comme une petite chandelle, quand elle la couvrit de sa main. Quelle lumière bizarre ! Il semblait à la petite fille qu’elle était assise devant un grand poêle de fer orné de boules et surmonté d’un couvercle en cuivre luisant. Le feu y brûlait si magnifique, il chauffait si bien ! Mais qu’y a-t-il donc ! La petite étendait déjà ses pieds pour les chauffer aussi ; la flamme s’éteignit, et le poêle disparut : elle était assise, un petit bout de l’allumette brûlée à la main.
Elle en frotta une seconde, qui brûla, qui brilla, et, là où la lueur tomba sur le mur, il devint transparent comme une gaze. La petite pouvait voir jusque dans une chambre où la table était couverte d’une nappe blanche, éblouissante de fines porcelaines, et sur laquelle une oie rôtie, farcie de pruneaux et de pommes, fumait avec un parfum délicieux.
Ô surprise ! ô bonheur ! Tout à coup l’oie sauta de son plat et roula sur le plancher, la fourchette et le couteau dans le dos, jusqu’à la pauvre fille.
L’allumette s’éteignit : elle n’avait devant elle que le mur épais et froid.
En voilà une troisième allumée. Aussitôt elle se vit assise sous un magnifique arbre de Noël ; il était plus riche et plus grand encore que celui qu’elle avait vu, à la Noël dernière, à travers la porte vitrée, chez le riche marchand.
Mille chandelles brûlaient sur les branches vertes, et des images de toutes couleurs, comme celles qui ornent les fenêtres des magasins, semblaient lui sourire.
La petite éleva les deux mains : l’allumette s’éteignit ; toutes les chandelles de Noël montaient, montaient, et elle s’aperçut alors que ce n’était que les étoiles.
Une d’elle tomba et traça une longue raie de feu dans le ciel.
"C’est quelqu’un qui meurt" se dit la petite ; car sa vieille grand’mère, qui seule avait été bonne pour elle, mais qui n’était plus, lui répétait souvent : "Lorsqu’une étoile tombe, c’est qu’une âme monte à Dieu."
Elle frotta encore une allumette sur le mur : il se fit une grande lumière au milieu de laquelle était la grand’mère debout, avec un air si doux, si radieux !
"Grand’mère s’écria la petite, emmène-moi. Lorsque l’allumette s’éteindra, je sais que tu n’y seras plus. Tu disparaîtras comme le poêle de fer, comme l’oie rôtie, comme le bel arbre de Noël."
Elle frotta promptement le reste du paquet, car elle tenait à garder sa grand’mère, et les allumettes répandirent un éclat plus vif que celui du jour.
Jamais la grand’mère n’avait été si grande ni si belle. Elle prit la petite fille sur son bras, et toutes les deux s’envolèrent joyeuses au milieu de ce rayonnement, si haut, si haut, qu’il n’y avait plus ni froid, ni faim, ni angoisse ; elles étaient chez le bon Dieu. 
Mais dans le coin, entre les deux maisons, était assise, quand vint la froide matinée, la petite fille, les joues toutes rouges, le sourire sur la bouche... Morte, morte de froid, le dernier soir de l’année.
Le jour de l’an se leva sur le petit cadavre assis là avec les allumettes, dont un paquet avait été presque tout brûlé.
"Elle a voulu se chauffer !" dit quelqu’un.
Tout le monde ignora les belles choses qu’elle avait vues, et au milieu de quelle splendeur elle était entrée avec sa vieille grand’mère dans la nouvelle année.

Hans Christian Andersen (1805-1875)



30/12/2023

Cœur cabossé ♫

 




Au bar du Duc de Nevers
Au bout d’ la rue d’ la Croix-Nivert
On boit des bières à la pression
Les robinets sont des poissons
La fill’ qui sert des p’tits rosés
Elle a le cœur tout cabossé

Cœur cabossé lancé
Dans les étoiles
Cœur cabossé tombé
Dans le fossé

Son mec c’était un zozo
Un p’tit mat’lot d’ Valparaiso
Mais entre Brest et Cotonou
Parfois les amours se dénouent
Passer le huitièm’ parallèl’
Cupidon eut un coup dans l’aile

Cœur cabossé lancé
Dans les étoiles
Cœur cabossé tombé
Dans le fossé

Les typ’s qui traîn’nt par ici
Ont tous la fièvre de Bercy
Ils se brûl’nt la gueule au pernod
Auquel ils n’ajoutent pas d’eau
La fill’ qui a le cœur cabossé
Ils se batt’nt pour la fair’ danser

Cœur cabossé lancé
Dans les étoiles
Cœur cabossé tombé
Dans le fossé

Cett’ fille qui dit jamais non
On connaît pas vraiment son nom
Mais sur le dos d’un arc-en-ciel
Elle vous emmène au septièm’ ciel
Certes elle met du cœur à l’ouvrage
Mais elle n’est jamais du voyage

Cœur cabossé lancé
Dans les étoiles
Cœur cabossé tombé
Dans le fossé



ADDENDA

Magnifique chanson d'Adamo découverte à la télé le dimanche 16 juin 2024



Ils ont partagé le monde... Plus rien ne m'étonne...♫

Titre incontournable de Tiken Jah Fakoly, mythique chanteur africain de reggae.





Ils ont partagé le monde, plus rien ne m'étonne

Si tu me laisses la Tchétchénie,
Moi je te laisse l'Arménie
Si tu me laisses l'Afghanistan
Moi je te laisse le Pakistan
Si tu ne quittes pas Haïti,
Moi je t'embarque pour Bangui
Si tu m'aides à bombarder l'Irak,
Moi je t'arrange le Kurdistan

Ils ont partagé le monde, plus rien ne m'étonne

Si tu me laisses l'uranium
Moi je te laisse l'aluminium
Si tu me laisses tes gisements,
Moi je t'aide à chasser les Talibans
Si tu me donnes beaucoup de blé,
Moi je fais la guerre à tes côtés
Si tu me laisses extraire ton or,
Moi je t'aide à mettre le Général dehors

Ils ont partagé le monde, plus rien ne m'étonne

Ils ont partagé Africa sans nous consulter,
Ils s'étonnent que nous soyons désunis !
Une partie de l'empire Mandingue,
Se trouva chez les Wolofs,
Une partie de l'empire Mossi
Se trouva dans le Ghana,
Une partie de l'empire Soussou
Se trouva dans l'empire Mandingue,
Une partie de l'empire Mandingue
Se trouva chez les Mossis
Ils ont partagé Africa sans nous consulter,
Sans nous demander, sans nous aviser !

Ils ont partagé le monde, plus rien ne m'étonne

Je t'attends ♫






Mes jours passent, mes nuits pleurent
Et pleure le vent
Ma raison sombre et se meurt
Quand meurt le temps
Ce temps mort que je regrette
Tant et tant
Car sans toi ma vie s'arrête
Et je t'attends

J'attends l'air que je respire
Et le printemps
J'attends mes éclats de rire
Et mes vingt ans
Mes mers calmes et mes tempêtes
En même temps
Car sans toi ma vie s'arrête
Et je t'attends

Je t'attends
Viens ne tarde pas
D'où que tu viennes, qui que tu sois
Viens le temps
Est court
Je t'attends
Mon rêve inconnu
Quel est ton nom?
Quel est ton but?
Le mien c'est
C'est l'amour

Pour que mes jours se transforment
Et que vraiment
Ma vie par toi prenne forme
À chaque instant
Parce que le vide me hante
Avec mon sang
Comme un peintre je t'invente
Et je t'attends

Mes doigts par petites touches
Font tes dents
Avant de croquer ta bouche
Éperdument
Mais ces rêves ne me laissent
Que tourments
Car je traîne ma détresse
Et je t'attends

Je t'attends
Viens, viens ne tarde pas
D'où que tu viennes
Qui que tu sois
Viens le temps
Le temps, le temps est court
Je t'attends
Toi, mon rêve inconnu
Quel est ton nom?
Quel est ton but?
Le mien c'est
L'amour


Chante la vie, chante ♫

 



Chante la vie, chante
Comme si tu devais mourir demain
Comme si plus rien n'avait d'importance
Chante, oui chante

Aime la vie, aime
Comme un voyou, comme un fou, comme un chien
Comme si c'était ta dernière chance
Chante, oui chante

Tu peux partir quand tu veux
Et tu peux dormir où tu veux
Rêver d'une fille
Prendre la Bastille
Ou claquer ton fric au jeu

Mais n'oublie pas
Chante la vie, chante
Comme si tu devais mourir demain
Comme si plus rien n'avait d'importance
Chante, oui chante

Fête, fais la fête
Pour un amour un ami ou un rien
Pour oublier qu'il pleut sur tes vacances
Chante, oui chante

Et tu verras que c'est bon
De laisser tomber sa raison
Sors par les fenêtres
Marche sur la tête
Pour changer les traditions

Mais n'oublie pas
Chante la vie, chante 
Comme si tu devais mourir demain 
Comme si plus rien n'avait d'importance
Chante, oui chante

La-la-la-la-la-la-la-la
Chante, oui chante


Fais moi une place ♫



 Paroles de Françoise Hardy, musique Julien Clerc (1990)


Fais-moi une place au fond d'ta bulle
Et si j't'agace, si j'suis trop nul
Je deviendrai tout pâle, tout muet, tout p'tit
Pour qu' tu m'oublies

Fais-moi une place au fond d'ton cœur
Pour que j't'embrasse lorsque tu pleures
Je deviendrai tout fou, tout clown, gentil
Pour qu'tu souries

J'veux qu't'aies jamais mal, qu't'aies jamais froid
Et tout m'est égal, tout, à part toi
Je t'aime

Fais-moi une place dans ton av'nir
Pour que j'ressasse moins mes souvenirs
Je s'rai jamais éteint, hautain, lointain
Pour qu'tu sois bien

Fais-moi une place dans tes urgences
Dans tes audaces, dans ta confiance
Je s'rai jamais distant, distrait, cruel
Pour qu'tu sois belle

J'veux pas qu'tu t'ennuies, j'veux pas qu't'aies peur
J'voudrais qu'tu oublies l'goût du malheur
Je t'aime

Une petite place, ici, maintenant
Car le temps passe à pas d'géant
Je me ferai tout neuf, tout beau, tout ça
Pour être à toi
Je me ferai tout neuf, tout beau, tout ça
Pour être à toi
Pour être à toi


26/12/2023

Que reste-t-il de nos amours ♫



Chanson de Charles Trenet pour les paroles, sur une musique de Léo Chauliac, composée en 1942.



Ce soir le vent qui frappe á ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d' avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse

Bonheur fané, cheveux au vent
Baisers volés, rêves mouvants
Que reste-t-il de tout cela
Dites-le-moi

Un petit village, un vieux clocher
Un paysage si bien caché
Et dans un nuage le cher visage
De mon passé

Les mots les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés pourquoi ?

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d' avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse




24/12/2023

Le bonhomme de neige ♫



Une chanson de Noël 1952...




C'est l'hiver et le hameau tremblant
Est couvert d'un édredon tout blanc
Mais dehors les enfants
Courraient triomphants

Regardez le bonhomme de neige
Qui se dresse à l'orée du grand bois
Il a l'air imposant d'un roi nègre
Qui soudain serait blanc de froid

C'est l'hiver ma chérie je t'adore et je prie
Pour qu'un ciel toujours bleu nous sourit
Car l'amour bien souvent
N'est aussi qu'un jeu d'enfant
Qu'on voit fondre au soleil du printemps

Un gamin l'a coiffé d'un chapeau
Dans ses mains on pique un vieux plumeau
Et l'on rit de son nez
Tout enfariné

Regardez le bonhomme de neige
Qui se dresse à l'orée du grand bois
Tout le jour les enfants en cortège
Le saluent en criant de joie

C'est l'hiver ma chérie je t'adore et je prie
Pour qu'un ciel toujours bleu nous sourit
Car l'amour bien souvent
N'est aussi qu'un jeu d'enfant
Qu'on voit fondre au soleil du printemps

Regardez le bonhomme de neige...



Barka ♫



Ce chant religieux incontournable en Pologne était le préféré de Jean-Paul II.



Pan kiedyś stanął nad brzegiem,
Un jour, le Seigneur se tenait sur le rivage
Szukał ludzi gotowych pójść za Nim; 
Cherchant des gens prêts à le suivre
By łowić serca  
Pour pêcher les cœurs 
Słów Bożych prawdą. 
Avec la vraie parole de Dieu 

O Panie, to Ty na mnie spojrzałeś, 
O Seigneur, Toi tu m'as regardé
Twoje usta dziś wyrzekły me imię. 
Tes lèvres ont prononcé mon nom 
Swoją barkę pozostawiam na brzegu, 
Je vais laisser ma barque sur le rivage 
Razem z Tobą nowy zacznę dziś łów. 
Et avec toi je vais commencer aujourd'hui une nouvelle pêche
 




10/12/2023

Sombre dimanche ♫




Titre français de "Szomorú Vasárnap" (en anglais "Gloomy sunday), chanson composée en 1933 par le Hongrois Rezső Seress, en mémoire des êtres défunts qu'il avait aimés. 
Ce morceau mélancolique est devenu célèbre et légendaire parce qu'il avait été interdit en Hongrie et dans de nombreux pays où l'on craignait de pousser les gens qui l'écoutaient au suicide…



Sombre dimanche, les bras tout chargés de fleurs
Je suis entré dans notre chambre le cœur las
Car je savais déjà que tu ne viendrais pas
Et j'ai chanté des mots d'amour et de douleur.
Je suis resté tout seul et j'ai pleuré tout bas
En écoutant hurler la plainte des frimas...
Sombre dimanche

Je mourrai un dimanche où j'aurai trop souffert
Alors tu reviendras, mais je serai parti...
Des cierges brûleront comme un ardent espoir
Et pour toi, sans effort, mes yeux seront ouverts
N'aie pas peur, mon amour, s'ils ne peuvent te voir
Ils te diront que je t'aimais plus que ma vie...
Sombre dimanche



La version originale en hongrois


 
La version en anglais


03/12/2023

Les petits pavés ♫




Les paroles de la chanson ont été écrite par le chansonnier Maurice Vaucaire, père de Michel Vaucaire, parolier et époux de la chanteuse Geneviève Collin, plus connue sous le nom de Cora Vaucaire. 

 


 

  Las de t´attendre dans la rue
J´ai lancé deux petits pavés
Sur tes carreaux que j´ai crevés
Mais tu ne m´es pas apparue
Tu te moques de tout je crois
Tu te moques de tout je crois
Demain je t´en lancerai trois

Par devant ta porte cochère
Pour faire tomber tes amis
Trois et quatre pavés j´ai mis
J´exècre tes amis ma chère
Demain je recommencerai
Demain je recommencerai
Et tes amants je les tuerai

Si tu ne changes pas d´allure
J´écraserai tes yeux ton front
Entre deux pavés qui feront
A ton crâne quelques fêlures
Je t´aime t´aime bien pourtant
Je t´aime t´aime bien pourtant
Mais tu m´en as fait tant et tant

Les gendarmes en cavalcade
Me poursuivront après ce coup
Pour m´attacher la corde au cou
Je me bâtis ma barricade
Et sur les pavés je mettrai
Et sur les pavés je mettrai
Mon cœur durci par le regret

Autant de pavés par le monde
De grands et de petits pavés
Autant de chagrins encavés
Dans ma pauvre âme vagabonde
Je meurs je meurs de tout cela
Je meurs je meurs de tout cela
Et ma chanson s´arrête là.



02/12/2023

Si...



Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui est mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling (1865-1936)





01/12/2023

Qu'ai-je donc fait

Titre d'une anthropologie sentimentale de Jean d’Ormesson dans laquelle il passe à quelques aveux et donne de lui-même une image nouvelle. Et du monde où nous vivons une vision ironique et enchantée.
 

Petit extrait : "S'il y a un Dieu, il est caché, il est ailleurs, il est hors du temps, il n'obéit pas à nos lois et nous ne pouvons rien dire de lui. Nous ne pouvons décréter ni qu'il existe ni qu'il n'existe pas. Nous avons seulement le droit d'espérer qu'il existe. S'il n'existe pas, notre monde est absurde. S'il existe, mourir devient une fête et la vie, un mystère...
Je m'amuse de cette vie qui se réduit à presque rien s'il en existe une autre. Les malheurs , trop réels, les ambitions, les échecs, les grands desseins, et les passions elles-mêmes si douloureuses et si belles, changent un peu de couleurs. Avec souvent quelques larmes, je me mets à rire de presque tout. Les imbéciles et les méchants ont perdu leur venin. Pour un peu, je les aimerais. Une espèce de joie m'envahit. je n'ai plus peur de la mort puisqu'il n'est pas interdit d'en attendre une surprise. Je remercie je ne sais qui de m'avoir jeté dans une histoire dont je ne comprends pas grand-chose mais que je lis comme un roman difficile à quitter et que j'aurai beaucoup aimé.
J'ignore s'il y a un Dieu ailleurs, autre chose après la mort, un sens à cette vie et à l'éternité, mais je fais comme si ces promesses étaient déjà tenues et ces espérances, réalisées. Et je souhaite avec confiance qu'une puissance inconnue veille, de très loin, mais beaucoup mieux que nous, sur ce monde et sur moi."




30/11/2023

L'argile

 


« L’argile a une affinité extraordinaire pour tout ce qui est étranger à l’organisme et/ou toxique : elle ne peut littéralement pas supporter la présence de la moindre impureté et n’aura de cesse que tout soit nettoyé. » 


L’argile peut (presque) tout soigner. C’est ce que de nombreux travaux semblent montrer, notamment ceux de Jade Allègre ou de Raymond Dextreit…
Dans cet exposé, qui pourrait paraitre technique de prime abord, l’argile y est clairement présentée en détails et avec méthodologie pour comprendre son action, et pour l’utiliser de manière éclairée : définition, fabrication et granulométrie, propriétés et couleurs, variétés ou familles d’argile, bienfaits et cadres d’utilisation.



Le docteur Jade Allègre, spécialiste incontestable de l’usage thérapeutique de l’argile, affirme que l’argile est un remède bon marché qui peut coûter cher à Big Pharma…







ADDENDA


- Merci à ma mère qui, si elle n’a pas fait de hautes études (mais ne fait pas de fautes à l’écrit), m’a soigné toute mon enfance avec des tisanes de thym et de romarin, et à coup de cataplasme d’argile verte, quand ce n’était pas à boire. 
Au détours de mes réflexions, j’en suis arrivé un beau jour à la conclusion que notre intelligence est la manifestation de notre corps, et notre corps celle de la matière, et plus précisément de l’intelligence de la matière. Nos émotions sont des niveaux de liquides, nos pensées des réactions chimiques et électriques. Notre corps tout entier n’est qu’une manifestation des propriétés de la matière. 
Si la vie provient de l’eau, nous venons du mariage de l’eau et de l’argile. Ainsi, l’eau et l’argile nous régénèrent car elles sont notre matrice. 
Dieu prit de l’argile et façonna Adam. "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière". 
Pensez vous réellement que ceux qui ont écrit ça l’ont écrit comme ça ? Pourquoi faut-il se baigner dans l’eau pour se baptiser ? Je vous laisse chercher la réponse, à défaut de la trouver, vous en trouverez pleins d’autres. En attendant, utiliser l’argile, c’est un peu comme se faire soigner par notre grand mère originelle.



    

29/11/2023

Le grand âge...

Les inconvénients liés au grand âge décortiqués avec humour par Philippe Noiret.



"Il me semble qu'ils fabriquent des escaliers plus durs qu'autrefois. Les marches sont plus hautes, il y en a davantage. En tout cas, il est plus difficile de monter deux marches à la fois. Aujourd'hui, je ne peux en prendre qu'une seule. A noter aussi les petits caractères d'imprimerie qu'ils utilisent maintenant. Les journaux s'éloignent de plus en plus de moi quand je les lis : je dois loucher pour y parvenir. L'autre jour, il m'a presque fallu sortir de la cabine téléphonique pour lire les chiffres inscrits sur les fentes à sous.
Il est ridicule de suggérer qu'une personne de mon âge ait besoin de lunettes, mais la seule autre façon pour moi de savoir les nouvelles est de me les faire lire à haute voix - ce qui ne me satisfait guère, car de nos jours les gens parlent si bas que je ne les entends pas très bien.
Tout est plus éloigné. La distance de ma maison à la gare a doublé, et ils ont ajouté une colline que je n'avais jamais remarquée avant.
En outre, les trains partent plus tôt. J'ai perdu l'habitude de courir pour les attraper, étant donné qu'ils démarrent un peu plus tôt, quand j'arrive.
Ils ne prennent pas non plus la même étoffe pour les costumes. Tous mes costumes ont tendance à rétrécir, surtout à la taille. Leurs lacets de chaussures aussi sont plus difficiles à atteindre.
Le temps lui-même, change. Il fait froid l'hiver, les étés sont plus chauds. Je voyagerais, si cela n'était pas aussi loin. La neige est plus lourde quand j'essaie de la déblayer. Les courants d'air sont plus forts. Cela doit venir de la façon dont ils fabriquent les fenêtres aujourd'hui.
Les gens sont plus jeunes qu'ils n'étaient quand j'avais leur âge.
Je suis allé récemment à une réunion d'anciens de mon université, et j'ai été choqué de voir quels bébés ils admettent comme étudiants. Il faut reconnaître qu'ils ont l'air plus poli que nous ne l'étions ; plusieurs d'entre eux m'ont appelé monsieur ; il y en a un qui s'est offert à m'aider pour traverser la rue.
Phénomène parallèle : les gens de mon âge sont plus vieux que moi. Je me rends bien compte que ma génération approche de ce que l'on est convenu d'appeler un certain âge, mais est-ce une raison pour que mes camarades de classe avancent en trébuchant dans un état de sénilité avancée ?
Au bar de l'université, ce soir-là, j'ai rencontré un camarade. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu."

***

J'aimais bien Noiret. Une voix, une grande classe, un acteur de premier plan aux rôles multiples allant de la roublardise (Coup de torchon) au dramatique (Le vieux fusil)...



28/11/2023

Tom Dooley ♫



Curieusement, je me suis réveillé ce matin avec dans la tête le refrain de cette chanson que j'avais entendue dans les années 1958/59...



Fais ta prière Tom Dooley
Ça peut toujours servir
Fais ta prière Tom Dooley
Demain, tu vas mourir

Devant ton verre de rhum
Dans le matin blafard
Tâche au moins d'être un homme
Avant le grand départ

Fais ta prière Tom Dooley
C'est tout c'qu'on peut t'offrir
Fais ta prière Tom Dooley
Demain, tu vas mourir

Quand, au lever du jour
On viendra te chercher
Pardonne à ton amour
C'est lui ton seul péché

Fais ta prière Tom Dooley
Avant de t'endormir
Fais ta prière Tom Dooley
Demain, tu vas mourir

Fais ta prière Tom Dooley
Y a plus rien d'autre à faire
Fais ta prière Tom Dooley
Pour éviter l'Enfer

Tu vas bientôt revoir
Celle que tu aimais trop
Emporte au moins l'espoir
D'être aimé mieux là-haut

Fais ta prière Tom Dooley
Pour toi, tout va finir
Fais ta prière Tom Dooley
Demain tu vas mourir

Fais ta prière Tom Dooley
Fais ta prière, mon vieux
C'est la dernière, Tom Dooley
Fais ta prière, mon vieux
Fais ta prière, mon vieux
Fais ta prière, mon vieux





26/11/2023

La Tamise






Quand il pleut sur mon jardin
La Tamise est grise
Quand il pleut moi j'aime bien
La Tamise et mon jardin

Et l'été y a des frissons
Dans l'eau qui s'irise
Et je mets dans mes chansons
Ma Tamise et mon gazon

Je tonds, je tonds, mon vert gazon
J'arrose mes roses et mes rhododendrons
J'ai mon royaume sous mon toit de chaume
Je suis près du Bon Dieu et je suis heureux

Et je sais qu'un beau matin
Votre robe exquise
Viendra fleurir mon destin
Ma Tamise et mon jardin

On la trouvait plutôt jolie Lily

Le récent passage sur France-Inter d'Angela Davis, qui fut l'une des pionnières de la lutte contre le racisme aux États-Unis dans les années 70, m'a rappelé une chanson de Pierre Perret.







On la trouvait plutôt jolie Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris
Elle croyait qu’on était égaux Lily
Au pays d’ Voltaire et d’Hugo Lily
Mais pour Debussy en revanche
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo
Elle aimait tant la liberté Lily
Elle rêvait de fraternité
Un hôtelier rue Secrétan
Lui a précisé en arrivant
Qu’on ne recevait que des blancs

Elle a déchargé des cageots Lily
Elle s’est tapé des sales boulots Lily
Elle crie pour vendre des choux-fleurs
Dans la rue ses frères de couleur
L’accompagnent au marteau-piqueur
Et quand on l’appelait Blanche-Neige Lily
Elle se laissait plus prendre au piège Lily
Elle trouvait ça très amusant
Mêm’ s’il fallait serrer les dents
Ils auraient été trop contents
Elle aima un beau blond frisé Lily
Qui était tout prêt à l’épouser
Mais la belle-famille lui dit nous
N’ somm’s pas racistes pour deux sous
Mais on veut pas de ça chez nous

Elle a essayé l’Amérique Lily
Ce grand pays démocratique Lily
Elle aurait pas cru sans le voir
Que la couleur du désespoir
Là-bas aussi ce fût le noir
Mais dans un meeting à Memphis Lily
Elle a vu Angela Davis
Qui lui dit viens ma petite sœur
En s’unissant on a moins peur
Des loups qui guettent le trappeur
Et c’est pour conjurer sa peur Lily
Qu’elle lève aussi un poing rageur
Au milieu de tous ces gugusses
Qui foutent le feu aux autobus
Interdits aux gens de couleur

Mais dans ton combat quotidien Lily
Tu connaîtras un type bien Lily
Et l’enfant qui naîtra un jour
Aura la couleur de l’amour
Contre laquelle on ne peut rien
On la trouvait plutôt jolie Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris



24/11/2023

On marche sur la tête...

 




Un vent de colère souffle sur notre région, ça souffle tellement fort que de nombreux panneaux d’entrées / sorties de villages se sont retournés… Ça n’annonce rien de bon, et la suite se fera en début d’après midi demain samedi 25 novembre du côté de Narbonne. Car les viticulteurs ont toujours fait preuve de force et solidarité entre eux dans leur moments les plus difficiles.



20/11/2023

Forban

Mot dérivé de forbannir, du verbe bannir signifiant "rejeter". 
Le forban était un individu sans scrupules qui entreprenait à son compte des expéditions armées sur mer, sans autorisation ni lettre de marque d'un souverain.






Lorsque j'avais une dizaine d'années, à la colonie de vacances "Les mouettes", nous avions appris la chanson "Le navire du forban" dont je me souviens encore des paroles .

♫ C'était un fameux navire
Au cabestan vire vire
Que le navire du forban
Vire vire au cabestan

Il avait cent lieues moins guère
De l'avant jusqu'à l'arrière
Un mousse aurait mis cent ans
Pour grimper dans ses haubans

Les korrigans et les fées
Faisaient toutes les corvées
Et les matelots joyeux
Flemmardaient à qui mieux mieux

Ils prenaient toutes les villes
Encerclaient toutes les îles
Les marins ne savaient plus
Que faire de leurs écus...♫


Par contre, c'est tout dernièrement que j'ai entendu pour la première fois la chanson "Le forban" dans le film "FLO", où la navigatrice l'entonne avec ses copains marins imbibés d'alcool :




Mais je préfère la version interprétée par la Chorale des Marins d'Iroise :



A moi forban que m'importe la gloire
Les lois du monde et qu'importe la mort
Sur l'océan j'ai planté ma victoire
Et bois mon vin dans une coupe d'or
Vivre d'orgie est ma seule espérance
Le seul bonheur que j'ai su conquérir
C'est sur les flots qu'j'ai passé mon enfance
C'est sur les flots qu'un forban doit mourir

Vin qui pétille, femme gentille
Sous des baisers brûlants d'amour
Plaisir, bataille, vive la canaille
Je bois, je chante et je tue tour à tour

Peut-être qu'au mât d'une barque étrangère
Mon corps un jour servira d'étendard
Et tout mon sang rougira la galère
Aujourd'hui fête et demain le bazar
Allons esclave, allons debout mon brave
Buvons le vin et la vie à grands pots
Aujourd'hui fête et puis demain peut-être
Ma tête ira s'engloutir dans les flots

Vin qui pétille, femme gentille
Sous des baisers brûlants d'amour
Plaisir, bataille, vive la canaille
Je bois, je chante et je tue tour à tour

Peut-être qu'un jour par un coup de fortune
Je saisirai l'or d'un beau galion
Riche à pouvoir vous acheter la lune
Je m'en irai vers d'autres horizons
Là respecté tout comme un gentilhomme
Moi qui ne fut qu'un forban, qu'un bandit 
Je pourrai comme le fils d'un roi tout comme 
Mourir peut-être dedans un grand lit

Vin qui pétille, femme gentille
Sous des baisers brûlants d'amour
Plaisir, bataille, vive la canaille
Je bois, je chante et je tue tour à tour